faune dansant en bronze doré avec cachet de fondeur Susse

Faune dansant

Statuette mythologique en bronze doré signée E. Lequesne – Susse fondeurs

Bonjour à toutes et à tous,

Un ami m’a appelé le week end dernier pour me présenter un bronze ancien  qu’il souhaite vendre, mon estimation de prix est sollicitée.

C’est une superbe élégante XVIIIème en bronze doré, j’ai cette belle émotion qui ne trompe pas et pour laquelle je fait ce métier et décide de l’acheter pour moi, c’est une pièce peu commune et raffinée.

C’est un peu au dessus de mon budget, mais, je vais écouter mon ami Jean Philippe, expert en bon mots, « le prix s’oublie, la qualité reste », ça me fait toujours rire, il a diablement raison !

Toutefois, en bon professionnel, je me raisonne et fait appel à mes connaissance pour expertiser la qualité et la valeur de cette superbe sculpture.

élégante du XVIII eme siècle en bronze ancien du XIXeme Siècle signé par Antonin Mercié et fonte par Barbedienne

Élégante XVIIIème

Sculpture en bronze doré signée Antonin Mercié (1845 – 1916)

Masque

Marqué Barbedienne fondeurs, socle en marbre griotte rouge

A retenir :

  • Il faut écouter son émotion et s’entourer de belles choses « le prix s’oublie, la qualité reste »   🙂
  • Chercher la qualité dans les détails, regarder les dessous d’une oeuvre en bronze
  • Identifier les traces des époques, techniques et auteurs et s’assurer de la cohérence de l’ensemble
  • Déterminer la provenance, c’est très important pour l’estimation d’un bronze
  • En profiter pour se cultiver, apprendre le savoir faire des artisans, l’humeur de l’époque, l’histoire, la mode, l’inspiration des auteurs…
  • Et revenir nous voir 🙂

Comment reconnaitre un bronze authentique et l’estimer ?

Il y a plusieurs facteurs à bien estimer, la matière, l’époque de fonte, l’autorisation de reproduction, l’authenticité de la signature puis la cote de l’artiste.

# Qu’est ce qu’un vrai bronze ?

  • A- t’on le droit de reproduire une sculpture en bronze ?
  • Comment dater un bronze ancien ?
  • Une fonte posthume est elle authentique ?
  • Le nombre de reproductions d’une sculpture est il légalement limité ? 
  • Qu’est ce qu’une fonte d’art ?
  • Qu’est ce qu’une fonte d’édition ? 

# Définition

Tout d’abord, un bronze est le fruit du moulage d’une sculpture unique taillée ou modelée dans différents matériaux, terre cuite, plâtre, bois, pierre… 
L’oeuvre d’art est destinée à être diffusée en plusieurs exemplaires, n’est donc plus unique, la question du vrai, de la copie ou de la reproduction est une question de langage. 

A noter:
Pour ne pas altérer l’oeuvre originale de l’artiste avec des moulages et manipulations successives, on utilise une première fonte qui sera moulée et coulée pour devenir la mère de toutes les autres reproductions. Pour les oeuvres fragiles en terre cuite, argile ou autre, on crée un premier moulage en plâtre appelle plâtre d’atelier ou chef modèle qui servira comme modèle pour toutes les fontes en bronze suivantes. cette épreuve sera soit en plâtre soit en bronze, plus solide.

A retenir :
Ce sont donc déjà des copies de copies. L’expertise et le savoir faire des fondeurs et des moules sont donc essentiels pour être au plus proche de l’oeuvre originale. L’époque de fonte et la validation par l’artiste de ses oeuvres de son vivant garantissent une grande qualité. L’estimation et le prix en seront valorisés.

On peut parler de faux seulement si l’objet est supposé être ce qu’il n’est pas, si la signature est imitée, si le bronze fait semblant d’être ancien ou que les droits des sculpteurs ne sont pas respectés.

Le but est donc de déterminer la qualité de l’oeuvre. S’agit il d’une reproduction récente qui n’a qu’un intérêt décoratif ou s’agit d’une oeuvre validée par l’artiste qui aura corrigé le résultat final de la fonte de son vivant? 

On vas donc s’intéresser à expertiser l’origine d’un bronze ancien à partir de critères précis . Nous allons authentifier les caractéristiques de fabrication, les marques apposées sur la statue, les époques de fonte et les provenances.

Comment determiner la provenance d’une oeuvre en bronze ancien ?

La famille de l’artiste, un musée ou un grand collectionneur sont la garantie la plus fiable de la provenance et de l’authenticité d’un bronze ancien.

Le graal du collectionneur, une provenance prestigieuse avérée garantie  l’authenticité de votre buste romain antique tant désiré. Même si nous n’avons pas une collection digne du Louvre, nos acquisitions nous sont précieuses et leur origine contextualise la pièce. Une expertise peut donner une grande valeur à une pièce provenant d’une collection illustre. Un buste en bronze de Auguste Rodin (1840 – 1917) transmis dans la même famille de génération en génération sera daté précisément, ses propriétaires connus et ainsi son authenticité est figée. Souvent, un tableau provenant de l’atelier de l’artiste, même non signé, peut affoler les enchères et atteindre un prix record. Rappelons que les archéologues, lors de fouilles sur un site par exemple auront toujours le souci scientifique, lors de la découverte d’une statue mythologique grecque en bronze (rêvons un peu) noterons scrupuleusement le site, la date et l’emplacement afin de pouvoir situer de manière certaine la statue dans son contexte pour le futur.

Observer l’aspect visuel

La première approche concerne l’aspect général, est il agréable à regarder, le sujet convient il à votre collection, à vos gouts, vous semble t il expressif et de qualité ?

Souvent cette analyse subjective permet d’éclairer mon choix, personnellement,  le plaisir que je vais avoir à passer du temps avec une oeuvre est le seul critère important à mes yeux.
En effet, On peut craquer pour une pièce moderne d’édition sans grande valeur historique mais estimer qu’elle vas avoir un effet sublime dans notre salon.
On peut également avoir un coup d’œil averti pour un bronze ancien dont l’authenticité nous plongera dans une autre époque.
Donc, l’émotion, oui, mais en étant bien informé.
En observant bien un bronze ancien on peut avoir une bonne idée de son authenticité.

Examiner les détails et la ciselure

L’alliage est utilisé depuis l’antiquité pour sa formidable capacité de restitution des détails. 

La sculpture en bronze sort brute de son moule après la fonte. Après le décochage (destruction du moule et du noyau), intervient l’ébarbage et le retrait des tunnels de coulée.

Ensuite, la statue en bronze est finement travaillée, le ciseleur travaille à froid les petites imperfections éventuelles du métal et révèle tous ses détails. Les traces de joints de moulage sont gommées et le travail de l’artiste est révélé par cet artisan spécialiste des finitions. Le résultat est un bronze au plus proche de l’oeuvre originale. De son talent dépend une grande partie de la qualité de la sculpture.

Cela demandant du temps de main d’oeuvre et du savoir faire, les détails perceptibles après examen sont un révélateur très fiable de l’origine de la statue. Rayures, petits trous ou surface grossière sont à proscrire. Ces défauts sont également révélateurs d’une pièce moulée plusieurs fois, on parle de surmoulage. L’oeuvre finit par perdre sa forme originale.

On apprécie visuellement la nervosité de la sculpture et la finesse des lignes. Ce sont le signe d’un atelier de fondeur avec un grand savoir faire et de la proximité de l’oeuvre originelle sortie des mains de l’artiste.

Cachet de achille colas sur une venus de milo en bronze de Ferdinand Barbedienne

Cachet de Achille Colas

Procédé de réduction mécanique breveté

Comment authentifier signatures et cachets de fondeurs ?

Par comparaison avec des modèles d’époque et dans des musées, on peut faire une expertise et dater un bronze en fonction de l’évolution de la signature du sculpteur et des cachets de fondeur dans le temps.

La signature de l’auteur donne de précieuses indications aux experts, typographie, taille de la profondeur et parfois même fautes d’orthographes (le pire existe).

Les fondeurs apposent souvent leurs cachets, justement appelés cachets de fondeurs, affichant leur savoir faire et la provenance. Barbedienne, Valsuani, Susse et bien d’autres ont fait évoluer leur marque, nous permettant de retrouver de précieuses informations et de dater l’époque à laquelle la fonte de notre bronze ancien a été fondu. Pour la maison Barbedienne, fondée en 1834,  vont se succéder les signatures, F. Barbedienne, Barbedienne fondeur, puis Leblanc Barbedienne.

D’autres indications sont à découvrir, cire perdue, bronze, cachet de réduction Achille colas souvent marqués à l’aide d’une sorte de pince à sertir.
Il est admis que la signature dans la fonte est un signe d’authenticité, cependant d’autres fontes comme celles de Demetre Chiparus (1886 – 1947) peuvent être signés à la pointe sur le socle en marbre.

Signature du bronze art déco à la cire perdue de Pierre le Faguays dit Guerbe et Fayral

Le pilote

Marin à la barre signé P. Le Faguays, cire perdue de Max Le Verrier

Cachet japonais ère Meiji sur un vase en bronze d'époque orné d'un dragon d'eau

Papillon et idéogrammes Japonais

Cachet de fondeur de l’ère Meiji au fond d’un superbe vase en bronze à décor de dragon d’eau

 

Que signifient les numéros sur un bronze ?

Depuis 1968 les épreuves d’art sont limitées au nombre de 12, 8 oeuvres d’art plus quatre épreuves d’artistes, d’autres numérotations d’époques antérieures correspondent aux séries d’édition des fondeurs.

Avant la loi du 8 mars 1935 légiférant les bronzes d’art, la limite de nombre de reproductions et durée de droits avant de tomber dans le domaine public ont évolués depuis le XVIIIème siècle. A partir de cette date, les fontes sont limitées au nombre de 8.
Seuls certains experts fondeurs décident de numéroter leurs productions ou de leur appliquer, comme Ferdinand Barbedienne avec son cachet or, une marque FB sur le bronze spécifiant une fonte de très haute qualité.

Au début du 20e siècle, certains artistes sculpteurs comme le groupe des 12, François Pompon (1855 – 1933) et Georges Lucien Guyot (1885 – 1973) on commencé à limiter et numéroter leur production pour préserver l’authenticité artistique de leurs créations.

C’est en 1968 avec la loi Malraux, en application du décret du 10 juin 1967 que l’état français ajoute 4 épreuves d’artistes notées EA de I/IV à IV/IV. Seront donc considérés comme originaux, 12 tirages, 8 exemplaires numérotés et quatre marqués EA pour épreuves d’artiste dont le sculpteur dispose à sa guise mais non commercialisables. Elles sont néanmoins commercialisées par l’artiste, les galeries et les salles de vente.

Quelle est la différence entre une fonte à la cire perdue et une fonte au sable ?

# Comment reconnaitre un bronze à la cire perdue ?

Une grande précision dans les détails, une surface très lisse et des courbes visibles sous le bronze sont des caractéristiques certaines.

La cire, comme le sable permettent une impression au contact de l’oeuvre (ou du chef modèle). Outre la grande précision de moulage du à sa fluidité, elle permet à l’artiste de venir retoucher l’épreuve en cire et de la signer avant la fonte du bronze en fusion.

Le musée Rodin présente quelques vidéos pédagogiques sur ce savoir faire.

En observant l’aspect d’un bronze art déco fondu à la cire par Max Le Verrier et sculpté par Pierre le Faguays aussi dénommé Guerbe ou Fayral, la surface est très lisse et les détails ressortent. On est au plus près du travail de l’artiste et on pourrait presque voir en cherchant bien les empreintes digitales de l’artiste… 

L’aspect de la fonte au sable donne plus de rondeur aux courbes d’un buste ancien d‘élégante en bronze. Ceci est une garantie quand à l’époque.
Cette technique est abandonnée à la fin du XIXeme siècle, au cours du XXeme siècle les ateliers de fondeurs coulent leurs statues en bronze avec de la cire perdue.

# Les époques de fonte

La technique de la fonte au sable a été utilisée au XIXe jusqu’au début XXe. Elle demande plus de montages et de ciselure et donc de main d’oeuvre.
La cire perdue à commencé à être utilisée au début du XXe puis est devenue la seule technique des ateliers de fonderie.  Ceci nous donne une indication pour l’estimation de l’époque de fonte. 

A noter:
Un bronze animalier d’un sculpteur début XIXe ayant les caractéristiques de la cire perdue est très probablement une production du XXe Siècle.

sculpture en bronze doré art déco de pierre le faguays

Le pilote

Détail du modelé du dos

Regarder dessous

En retournant une statue on faire plusieurs observations :

  • Des courbures indiquant des coulures de cire
  • La couleur des traces d’oxydations, le vert de gris du cuivre, permettant d’estimer son ancienneté, attention, si il n’y en a que dessous et pas dans de petits recoins comme sur un bronze animalier du vivant de Barye par exemple, ce n’est pas cohérent.
  •  Le montage (à clavettes ?) est également déterminant, des vis et autres traces.
  • La présence de plâtre réfractaire, reste du noyau.
  • L’épaisseur du cuivre, entre 5 et 7 mm pour un bronze au sable et bien inférieure pour la cire perdue.
  • Le socle est une indication, il est normalement taillé dans un marbre à la mode de l’époque.
dessous de la venus de milo par les ateliers Barbedienne

Venus de Milo 

Etiquette du bijoutier, écriture de l’atelier et cachet Collas

Dessous d'un buste ancien du Général Foy, début XIXeme Siècle

Buste du général Foy

Epaisseur très fine de la coulée du bronze.

 

# Articles à suivre prochainement :
Fontes posthumes, droits d’auteurs, respect d’une oeuvre et domaine public

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *